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Cours de linguistique générale

§ 2.Place de la langue dans les faits de langage.

Pour trouver dans l’ensemble du langage la sphère qui correspond à la langue, il faut se placer devant l’acte individuel qui permet de reconstituer le circuit de la parole. Cet acte suppose au moins deux individus ; c’est le minimum exigible pour que le circuit soit complet. Soient donc deux personnes, A et B, qui s’entretiennent :

Page 28 (Saussure - Cours de linguistique générale, éd. Bally et Sechehaye, 1971).png

Supposons qu’un concept donné déclenche dans le cerveau une image acoustique correspondante : c’est un phénomène entièrement psychique, suivi à son tour d’un procès physiologique : le cerveau transmet aux organes de la phonation une impulsion corrélative à l’image ; puis les ondes sonores se propagent de la bouche de A à l’oreille de B : procès purement physique. Ensuite, le circuit se prolonge en B dans un ordre inverse : de l’oreille au cerveau, transmission physiologique de l’image acoustique ; dans le cerveau, association psychique de cette image avec le concept correspondant.

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Le circuit, tel que nous l’avons représenté, peut se diviser encore :

a) en une partie extérieure (vibration des sons allant de la bouche à l’oreille) et une partie intérieure, comprenant tout le reste :

b) en une partie psychique et une partie non-psychique, la seconde comprenant aussi bien les faits physiologiques dont les organes sont le siège, que les faits physiques extérieurs à l’individu ;

c) en une partie active et une partie passive : est actif tout ce qui va du centre d’association d’un des sujets à l’oreille de l’autre sujet, et passif tout ce qui va de l’oreille de celui-ci à son centre d’association ;

d) enfin dans la partie psychique localisée dans le cerveau, on peut appeler exécutif tout ce qui est actif (c → i) et réceptif tout ce qui est passif (i → c).

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Ferdinand de Saussure. Cours de linguistique générale (extraits choisis autour des dessins)

Préface à la première édition

Il fit trois cours sur la linguistique générale, en 1906-1907, 1908-1909 et 1910-1911… 

Grande fut notre déception : nous ne trouvâmes rien ou presque rien qui correspondît aux cahiers de ses disciples ; F. de Saussure détruisait à mesure les brouillons hâtifs où il traçait au jour le jour l’esquisse de son exposé ! Les tiroirs de son secrétaire ne nous livrèrent que des ébauches assez anciennes, non certes sans valeur, mais impossibles à utiliser et à combiner avec la matière des trois cours.

Il fallait donc recourir aux notes consignées par les étudiants au cours de ces trois séries de conférences.

Qu’allions-nous faire de ces matériaux ? Un premier travail critique s’imposait : pour chaque cours, et pour chaque détail du cours, il fallait, en comparant toutes les versions, arriver jusqu’à la pensée dont nous n’avions que des échos, parfois discordants.

La forme de l’enseignement oral, souvent contradictoire avec celle du livre, nous réservait les plus grandes difficultés. Et puis F. de Saussure était de ces hommes qui se renouvellent sans cesse ; sa pensée évoluait dans toutes les directions sans pour cela se mettre en contradiction avec elle-même.

De ce travail d’assimilation et de reconstitution est né le livre que nous présentons, non sans appréhension, au public savant et à tous les amis de la linguistique.

Notre idée maîtresse a été de dresser un tout organique en ne négligeant rien qui pût contribuer à l’impression d’ensemble. Mais c’est par là précisément que nous encourons peut-être une double critique.